Réforme de la PAC 2003-2007 : le Découplage

Le Découplage


La révision à mi-parcours de l’Agenda 2000 introduit une nouvelle notion dans le mode de distribution des aides directes : le découplage. Celui-ci fait passer les aides compensatrices vers des aides à l’exploitation, non plus subordonnées à la production effective d’un produit donné, mais à l’existence d’une référence historique des soutiens effectivement perçus sur l’exploitation pendant une période de référence.


Ce que l’on sait


Date d’application


La plupart des pays européens appliqueront le découplage dès 2005.
En France, pour les aides directes cultures, bovines, ovines et laitières, le découplage est programmé pour l’année 2006.
Une révision de l’accord de Luxembourg est prévue en 2009, exactement 2 ans après que le dernier Etat-Membre ait appliqué la nouvelle réglementation agricole.
 

Découplage partiel : options retenues par la France


Si le découplage total des aides constitue l’élément le plus novateur de la réforme, le règlement européen du 29 septembre 2003 laisse aux Etats-Membres quelques ouvertures dans leur choix de maintenir couplé tout ou partie des aides directes.
La France, par un communiqué divulgué à l’issue du Conseil français des Ministres du 18 février 2004, s’est positionnée pour le maintien de :

  • 25 % des primes aux cultures (prime SCOP) couplées ;
  • 50 % de la Prime à la Brebis et à la Chèvre (PBC) couplée ;
  • 100 % de la Prime au Maintien du Troupeau de Vaches Allaitantes (PMTVA) et de la Prime à l’Abattage Veaux (PAB) couplées et ;
  • 40 % de la PAB gros bovins.
     

À l’inverse, la PSBM sera totalement découplée, ainsi que les compléments extensifs et enveloppes de flexibilités bovines.
Cette position correspond aux options que M. GAYMARD, Ministre de l’Agriculture français, a défendu tout au long de la période de négociation.

La période de référence


La période de référence est, pour la plupart des aides à la production, étalée sur 3 ans, entre 2000 et 2002. Le report à 2006 du découplage ne change pas les années de références.

Les périodes de référence (en grisé, les années entrant dans la référence)

Types de production20002001200231 mars 2006
Céréales, oléagineux, protéagineux, gel obligatoire et volontaire, fourrages déshydratés, pommes de terre de fécule    
Plantes textiles    
PSBM, compléments extensifs, PAB, PBC    
Lait    


Quelques exceptions sont cependant à noter. Ainsi, dans le cas d’une installation pendant la période de référence, ne seront prises en compte que les années pour lesquelles le nouvel installé aura rempli une déclaration PAC. De plus, les cas particuliers (calamités, MAE, CTE, agrandissement) seront gérés afin de tenir compte des modifications des systèmes de production.

Le montant unitaire de l’aide qui entrera dans le calcul du montant découplé


La valeur unitaire correspond aux aides octroyées en 2002, soustraites des parts recouplées.

Périodes et valeurs de référence

(*) le nombre d’hectares primés étant diminué du pourcentage de dépassement des surfaces de base : 3,17 % en 2000, 2,57 % en 2001 et 2,63 % en 2002
Types de productionValeur de l’aide entrant dans le calcul du montant découplé
EureSeine-M.CalvadosMancheOrne
Céréales (*)
Oléagineux (*)
Protéagineux (*)
Fourrages primés (*)
Gel volontaire (*)
303 €/ha primés312 €/ha primés304,5 €/ha primés270 €/ha primés282 €/ha primés
Gel obligatoire (*)404 €/ha416 €/ha406 €/ha360 €/ha376 €/ha
Fourrages déshydratés34,40 €/t livrée à l’industrie de transformation
Pommes de terres de fécule44,22 €/ha
Plantes textiles (*)303 €/ha primés312 €/ha primés304,5 €/ha primés270 €/ha primés282 €/ha primés
PSBM Jeune Bovin 210 €/prime
PSBM bœuf, 1ère et 2nde génération 150 €/prime
Complément extensif max80 €/prime
Complément extensif moy40 €/prime
PAB gros bovins mâles48 €/prime
PAB gros bovins femelles66,29 €/prime
PAB génisses viande141,79 €/prime
PBC ovins viande10,50 €/prime
Lait35,50 €/t ou 3,55 ct€/kg de référence au 31 mars de l'année 2006


Mode de calcul


Le montant de référence
Pour chaque exploitation agricole, une référence individuelle découplée doit être calculée sur la base des hectares primés (réduits des réfactions pour les hectares bénéficiant des aides COP et jachère) et des têtes de bétail primés sur la période de référence.
On nommera la surface qui bénéficie aujourd’hui d’une aide directe et qui entre dans le calcul du paiement historique : une surface génératrice, elle génère des références.

Hectares générateurs
COP primée + plantes textiles + fécule de pomme de terre
+  fourrages déshydratés + semences + prairies temporaires et permanentes
+ COP fourragère (primée ou non) + jachère volontaire

La jachère obligatoire génère ses propres références.


On distinguera deux références : l’une "standard" et l’autre "jachère".

Exemple de calcul : Soit une exploitation céréalière de l’Eure dont l’assolement est stable d’une année sur l’autre (90 ha de blé tendre et 10 ha de jachère) et l’ensemble de ses surfaces est primé.

Avec le découplage, la référence historique/découplée de cette exploitation est la suivante :

(*) Avant stabilisateur de surface.
Surfaces  primées chaque annéeMoyenne des hectares générateurs, avec stabilisateur de surfaceÀ partir de 2006 : mise en place du découplage
2000 x 0,96832001 x 0,97432002 x 0,9737MoyenneAides découpléesAides couplées
90 ha de blé87,15 ha87,69 ha87,63 ha87,49 ha87,49 x 303 €/ha90(*) x 101 €/ha
10 ha jachère9,68 ha9,74 ha9,74 ha9,72 ha9,72 x 404 €/ha  
Montant de référence découplé =30 436 €9.090 €
Total des aides directes (avant modulation, contribution à la réserve nationale et application éventuelle de la discipline financière)39 526 €


Le nombre de Droits à Paiement Unique (DPU) et leur valeur

Le nombre de Droits à Paiement Unique est égal au nombre d’hectares générateurs. Dans notre exemple, le nombre de DPU = 97,21 que l’on dissociera entre : 
  • 9,72 droits à paiements jachère, d’une valeur de 404 €/droit et ; 
  • 87,49 droits à paiements standards, d’une valeur de 303 €/droit.
(*) Semences et fourrages déshydratés non compris ;
(**) à production moyenne équivalente 2000 – 2002. 
 Aides découplées Aides couplées (**) Aides totales
Calvados89 M€75 %30 M€25 %119 M€
Manche106 M€78 %30 M€22 %136 M€
Orne96 M€75 %33 M€25 %129 M€
Eure101 M€76 %33 M€24 %133 M€
Seine-Maritime113 M€77 %34 M€23 %147 M€


Admissibilité des terres à l’aide couplée

Classement des surfaces agricoles selon leur admissibilité à une aide PAC couplée, sur 1992-2004 et à partir de 2005 

Occupation du sol en 1992Admissible à l’aide  couplée sur 1992-2004Occupation du sol en 2003Admissible à l’aide couplée  à partir de 2005
Cultures arables Cultures pérennes 
Pâturages permanents 
Cultures arables 
Prairies temporaires Prairies temporaires 
Cultures arables 
Cultures pérennes 
Cultures pérennes Pâturages permanents 
 Cultures pérennes 
 Cultures arables 
Pâturages permanents Prairies temporaires 
 Cultures arables 
 Cultures pérennes 
 Pâturages permanents 


Avec la révision de l’Agenda 2000, l’admissibilité des terres est revue. Ainsi, dès la récolte 2005, sont non admissibles à l’aide couplée toutes les terres consacrées aux pâturages permanents, aux cultures permanentes, aux forêts ou à des utilisations non agricoles en 2003.

Surfaces génératrices et admissibles au paiement découplé


Classement des surfaces agricoles selon leur admissibilité à une aide PAC, à partir de 2006

Les surfaces en grisé sont admissibles
Période de validité 2000-2002 Période de validité À partir de 2006
Occupation du sol sur 2000/02 Surface génératrice Occupation du sol chaque année à partir de 2006 Admissible à l'aide découplée
COP primée COP primée
COP non primée COP non primée
Plante textile Plante textile  
Fécule de pomme de terre Fécule de pomme de terre  
Betterave sucrière Betterave sucrière  
Fourrage déshydraté Fourrage déshydraté  
Semences Semences  
Prairie temporaire Prairie temporaire  
Prairie permanente Prairie permanente (2003)
COP fourragère COP fourragère  
Vergers, fruits et légumes, pomme de terre de conso Vergers, fruits et légumes, pomme de terre de conso  


En France, comme pour l’ensemble des pays méditerranéens (Espagne, Italie, Portugal, Grèce), les fruits et légumes restent une production non admissible à l’aide découplée.
À l’inverse, dans les Etats-membres qui auraient fait le choix de la régionalisation (Allemagne, Angleterre, Danemark), les fruits et légumes seront, à la mise en place du découplage, admissibles à l’aide découplée (200 à 400 €/ha sur les terres arables en Allemagne), sur un nombre équivalent d’hectares cultivés sur la période de référence. 
En conséquence, en fonction des choix nationaux, une distorsion de concurrence entre les pays membres de l’Union peut naître de l’application de cette nouvelle réforme de la PAC.

La date de paiement


Le règlement laisse une période de 7 mois pour le versement des aides (couplées et découplées), s’étalant à partir du mois de décembre de l’année concernée jusqu’en juin de l’année suivante.
Le Ministère de l’Agriculture a annoncé en juin 2005 que les aides découplées seraient payées le 1er décembre.
La France a donc choisi de verser les aides le plus tôt possible (comme pour les aides COP actuelles).

2005/2006 : l’année de préparation


Le changement de Ministre de l’Agriculture a fait prendre du retard au calendrier initial. La France a finalement décidé de généraliser les clauses contractuelles entre agriculteurs pour les transferts de droits. Vous trouverez plus de précisions sur ce sujet dans la rubrique droits à paiement.

  • 15 octobre 2006 : envoi des DPU historiques avec des modèles de clause type
  • 15 avril 2006 : envoi des DPU transitoires
  • 15 mai 2006 : déclaration PAC + demande de participation au régime de paiement unique + demande de DPU réserve
  • Fin août 2006 : envoi des DPU définitifs
  • Décembre 2006 : paiement des DPU

En 2005, en France, le calcul du paiement unique et des droits à paiement pour chacune des exploitations fera l’objet d’une "simulation, de sorte que les correctifs qui pourraient s’avérer nécessaires pour prendre en compte l’évolution des situations individuelles puissent encore être apportés avant la mise en application effective en 2006 " (déclaration de M. Hervé GAYMARD du 18 février 2004).


Comment cette année blanche se réalisera-t-elle ?


Ce qui reste incertain


Un changement du taux de gel est-il possible ?


En fixant une référence historique de gel obligatoire, on pérennise le taux de gel à 10 % (taux valable sur la période de référence).
Quels seront les dispositions en cas de changement du taux de gel comme en 2003 ?


Réalisé par les Chambres d'agriculture de Normandie :
  Normandie : M. Lafont, Calvados : R. Le Nechet, Eure : N. Pas, Manche : P. Legrain, Orne : J. Hirschler, Seine-Maritime : G. Munerot.